vendredi 18 juin 2010
Les rennes n'ont pas froid aux oreilles
J'ai toujours aimé les rennes.
Enfant, on m'a dit que le traîneau du Père Noël était tiré par sept de ces charmants animaux, mais je pensais qu'il s'agissait des sept femmes du roi de Norvège, Sigurd Illigson...
Durant mon adolescence, mon père m'enseigna tout ce qu'il fallait savoir sur leur élevage, sur l'utilisation des différentes parties de leur corps, que ce soit pour se vêtir ou pour fabriquer des hameçons à partir de leurs os...
Aujourd'hui, voilà plus de trente ans qu'à chaque hiver je dois monter un peu plus vers le Nord pour trouver le lichen dont ils se nourrissent, et tout le monde pense que je suis fou de continuer à vivre comme les pères de nos pères qui, depuis la nuit des temps, accomplissent les mêmes gestes que moi, au lieu d'être bien au chaud dans ces nouvelles constructions qui ne sont même plus en bois et de regarder cette boîte à images qu'ils appellent télévision et qui endort leur esprit, tout en buvant de l'alcool frelaté qui détruit leur santé et condamne leurs âmes à des tourments bien pires encore.
Ce n'est qu'en leur compagnie que je me sens heureux, et même ma femme et mes trois fils ne me donnent pas tant de joie...
Longtemps, je me suis couché tard
La journée débutait pour moi tous les jours vers onze heures.
C'est à cette heure-là qu'en général j'ouvrais les yeux, mais parfois bien plus tard...
Je ne sortais de mon lit que vers treize heures, et prenais mon petit-déjeuner une demi-heure plus tard.
Après cela, je me reposais un peu, en attendant le repas de midi, enfin je veux dire le repas de seize heures...
Après une bonne sieste, je ne devais me relever que vers dix-neuf heures pour prendre un bon bain, mais pas trop longtemps, pour ne pas manquer le souper de vingt-trois heures.
La journée pouvait enfin vraiment commencer, et j'étais heureux de pouvoir me coucher vers minuit pour goûter à un repos bien mérité...
lundi 14 juin 2010
OUT OF PARADISE
OUT OF PARADISE
dans un jardin
luxuriant.
Une pomme,
même pas sucrée,
un peu aigre,
nous en a chassés...
Depuis, Ève m'a quitté pour refaire sa vie avec un chanteur espagnol, et tous les matins je suis obligé de me lever à cinq heures pour aller travailler à l'usine, dans les faubourgs de la ville triste et glauque dans laquelle je vis...
Ma vie n'est plus que douleur, et lorsque je songe au jardin de mon bonheur, au jardin de mon enfance, des regrets et une angoisse terrible m'assaillent...
Quelle joie était la mienne lorsque je pouvais serrer Ève tout contre moi, lorsque nous pouvions nous baigner dans l'eau de la source de la vie éternelle...
Je sais que je ne retrouverai jamais ce que j'ai perdu ; Ève le sait aussi, où qu'elle soit...
Nous n'avions qu'un seul interdit : le fruit de l'Arbre de la Connaissance. Nous y avons goûté, mais l'enfer que nous vivons, l'avons-nous vraiment mérité ?
Dieu nous a expulsés du Paradis qu'il avait pour nous construit, nous qui sommes tout de même ses enfants... Une telle dureté de la part d'un père se justifie-t-elle ? Nous avons péché par gourmandise, par défi, par curiosité, comme tous les enfants le font un jour ou l'autre...
Qu'avons-nous appris de ce fruit ? Nous avons appris à vivre comme se l'imposent tous les hommes, à remettre notre bonheur au lendemain, en conservant l'illusion qu'il sera toujours là...
(Publié dans le numéro 315 de la revue "Les Élytres du Hanneton" ainsi que dans le recueil "Exuvie")
(Publié dans le numéro 315 de la revue "Les Élytres du Hanneton" ainsi que dans le recueil "Exuvie")
jeudi 10 juin 2010
mardi 8 juin 2010
mercredi 2 juin 2010
Le grand Wu
Je me promenais seul dans la forêt.
Les oiseaux chantaient, le soleil brillait...
Bref, c'était une belle journée estivale, une des premières de l'année.
Je ne m'en aperçus pas tout de suite, mais petit à petit un silence de plomb s'était fait tout autour de moi.
Ce fut le craquement d'une brindille derrière moi qui me fit prendre conscience du danger...
On m'en avait tant parlé depuis ma plus tendre enfance, mais je n'y avais jamais vraiment cru, je pensais que ce n'était qu'une invention des vieillards du village pour faire passer le temps, lorsque celui-ci s'attarde un peu trop au coin de l'âtre de nos chaumières...
Heureusement, je pus prendre la fuite en courant droit devant moi, sans me retourner : c'est d'ailleurs la seule chose à faire si on veut lui survivre !
Oui, mes enfants, c'est ainsi que j'ai survécu au grand Wu...
(Publié dans le n°37 des "Chemins de Traverse")
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