Il ne peut y avoir de grande histoire d'amour sans drame ou tragédie.
mercredi 6 février 2013
Défragmentation mnémo-sensorielle (J'étais là !)
J'étais là.
Oui, j'étais là, à Savona, lorsque des cieux les flammes de l'Enfer se sont abattues sur la Terre.
J'étais là lorsque les envahisseurs avançaient et détruisaient tout sur leur passage.
Oui, le dernier à combattre et à leur faire front, alors que tous fuyaient vers le nord, c'était bien moi.
Oui, j'ai avancé vers eux, j'ai plongé mes yeux dans leur regard reptilien, senti leur haleine fétide, et... tout s'est effacé !
Un nuage brumeux m'a enveloppé, pour ne se dissiper que dans le souffle d'une autre réalité...
mercredi 23 janvier 2013
Petit Précis de Littérature moderne
[Un homme sans âge et d'apparence sérieuse arrive et s'installe face aux caméras. Il porte un complet gris anthracite relevé d'une cravate rouge du meilleur effet, de grosses lunettes à montures noires, tout en arborant une petite moustache parfaitement taillée]
— Comme nous venons de le voir, la souffrance reste, à mes yeux, et à ceux de l'histoire littéraire, le moteur créatif le plus puissant qui soit.
En effet, seuls les êtres torturés ou fous (car qui a dit que les fous ne souffraient pas ?) sont capables d'aller pisser sur la table d'un roi, de devenir pédés et de tirer sur l'objet de leur amour, ou encore de quitter leur femme pour la sœur de celle-ci.
Et, qu'on le veuille ou non, c'est cela que l'histoire littéraire retient en premier (à la seule condition, bien sûr, d'avoir laissé quelque chose de plus ou moins publiable au fond d'une poubelle ou d'un coffre) et hisse au rang de génie dans l'inconscient collectif du citoyen lambda comme de l'analyste littéraire, qui n'est comme chacun d'entre nous qu'un citoyen lambda, ne l'oublions pas, et ce bien avant les milliers d'alexandrins composés à la lueur d'une bougie, et sans même une goutte de sueur, par un bon père de famille ayant vécu il y a plus de trois cents ans, et dans lesquels le mot "clitoris" (je dis juste ce mot, rassurez-vous, pour réveiller notre ingénieur du son [rires]) n'apparaît tout au plus que deux ou trois fois, et encore dans des manuscrits fragmentaires dont nous ne sommes pas sûrs de l'origine.
Vous savez donc maintenant ce qu'il vous reste à faire, chers téléspectateurs qui pensez que passer à la postérité serait un remède au puissant feu qui vous ronge...
[Son "À bon entendeur..." se fond dans le générique final d'une émission proposée par le service public d'une nation quelconque à la suite de la projection d'un documentaire sur la vie de quelques écrivains tout aussi quelconques]
BRÛLER, BRÛLER, BRÛLER
À Jack Kerouac,
un homme chanceux
que la route
implacable et tentaculaire
a régurgité
Je ne veux pas être quelqu'un de normal
et encore moins côtoyer des gens normaux
des gens qui travaillent
qui suent du soir au matin sang et eau
pour amasser des bouts de papier sans valeur
sous le lit sur lequel
ils pleureront
passé septante ou soixante-dix ans
les années perdues
qui élèvent des enfants
à coup de larmes de sang
qui engendreront eux-mêmes
d'autres enfants
qui viendront immanquablement
cracher ou pisser
sur leur tombe
qui possèdent ou du moins le croient
un abris, une belle maison
sans savoir qu'elle deviendra
plus oppressante qu'une cellule de prison
Non, ce que je veux
c'est brûler, brûler
mais entendons-nous bien
non pas brûler
jusques au trépas
jusques au tombeau
mais brûler, brûler
pour l'éternité
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