lundi 17 mai 2010

   
Ce soleil noir
Qui grandit
En mon coeur
Depuis le jour
Où je suis né
   
 
Des yeux de braise
Un corps de flammes
Une langue de feu
 
   
La folie que nous croyons déceler chez les autres ne nous renvoie qu'à la nôtre.
   

dimanche 16 mai 2010

  
Mon petit ange s'est envolé
Emportant avec lui
Mon coeur
brisé
   

samedi 15 mai 2010

lundi 10 mai 2010

L'homme courageux n'est pas celui qui ne connaît pas la peur, mais bien celui qui est capable d'agir lorsque la peur et l'angoisse le tenaillent.
 

mercredi 5 mai 2010

(1998)

Apologies for Crimes
Here comes the End of Times
I'll never look into your eyes again
Written Words don't need to be explained 
  

Visions nocturnes


Monsieur Blanc a encore fait appel à moi ce soir, et je jette un regard derrière moi, vers l'autre bout du couloir. J'ai laissé la lumière de la cuisine allumée. C'est une vieille maison vide depuis que la patronne est morte. Tout avait commencé il y a près de vingt ans, avec la fermeture de l'usine. La clouterie Blanc, créée par l'arrière-grand-père de Monsieur, avait acquis une réputation qui avait même franchi les frontières du pays; mais, du jour au lendemain, elle dut se séparer de ses trente travailleurs, dont je faisais partie. C'était la crise, les matières premières étaient trop chères, manque de rentabilité, etc. M. Blanc fit tout ce qu'il put pour que les ouvriers retrouvent un emploi, et il faut lui rendre hommage pour cela, car il aurait fort bien pu, comme tant d'autres, se débarrasser tout simplement de nous. C'est de cette manière qu'il me proposa le poste de concierge de cette grande maison...
C'est madame Blanc, née Renier, qui, la première, me fit part des troubles de Monsieur. Il lui arrivait, me dit-elle, de, deux à trois fois par mois, s'enfermer dans la salle de bains et de parler seul durant des heures. Il racontait que c'était le spectre de son père qui venait le visiter pour le punir d'avoir causé la perte de l'honneur familial. Heureusement, avec le temps, les crises s'apaisèrent jusqu'à disparaître complètement. Ce n'est que six mois après le décès de Madame qu'il m'appela en pleine nuit pour la première fois. Il était trempé de sueur, les yeux exorbités, tremblant de tout son long. "Elle est revenue, elle aussi !", hurlait-il en me montrant le mur immaculé de la chambre à coucher. "Elle tient un petit bébé dans les bras !" (Il faut dire que Monsieur et Madame n'étaient jamais parvenus à avoir d'enfants...)
C'est ainsi que je me retourne à nouveau vers ce couloir, qui me semble aujourd'hui être un passage entre morts et vivants dont je serais le nocher...

mardi 4 mai 2010

dimanche 2 mai 2010

Des dangers du pseudonyme

 
L'utilisation du pseudonyme est un jeu dangereux pour l'âme humaine.
Celle-là peut entraîner celle-ci dans une théâtralisation excessive de la vie, voire même mener, dans des cas extrêmes, à une scission pure et simple de l'âme...

Le destin du Poète est d'être seul, non point dans une solitude triste et dévastatrice, mais dans une solitude pleine de joie et libératrice.
 

RÊVE d'ÉCLUSIER

 
Je ne la connaissais pas. Mon frère me dit seulement qu'elle était belle, grande et blonde : c'est ainsi que je la reconnus au premier coup d'œil, bien qu'il fît nuit.
Une péniche, en effet, remontait le fleuve, tous feux éteints, avec un bruit de soie froissée. Comme à son habitude, elle se tenait à la proue, les bras croisés. Elle, c'était la fille d'Oscar, le batelier... Je ne l'avais jamais vue, et je crus avoir face à moi un spectre sorti tout droit des royaumes célestes.
Je fus vite ramené à la réalité par la voix caverneuse d'Oscar : "Alors, gamin ! Cette écluse, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ?"
C'est pour cette raison que je me surpris à guetter à chaque heure du jour et de la nuit un nouveau passage de cet onirique cortège.
Ma patience et ma ténacité furent récompensées quelques mois plus tard, par une froide soirée automnale.
Comme la première fois, elle se tenait à l'avant du chaland ; mais son regard de braise croisa le mien. Et, sans être vue du déjà vieux marinier, elle me lança un simple billet que je m'empressai de déplier.
Il était libellé comme suit : "Si tu désires garder un souvenir impérissable de moi, rendez-vous au numéro cinq de la rue du Canal, appartement 8, dans la soirée du neuf."
Le coeur empli d'excitation, je me rendis donc au jour fixé dans cette vieille masure de la rue du Canal avec l'espoir fou de l'y retrouver.
Mais, à peine entré dans le studio, je sus qu'elle ne viendrait pas : au pied d'un énorme crucifix reposait une modeste photo d'elle, accompagnée d'une rose blanche...
 

Guérison de l'Indien

(1999 - publié dans le numéro 39 des "Chemins de Traverse", décembre 2011)

Guérison de l'Indien

Je t'en prie soulage-moi
Car mon âme sous le poids
De mes faux pas ploie
Je t'en prie libère-moi

De ces démons que sont
L'oppression des souvenirs
Et la honte de délires
Comblant la vie d'inanition

À leur simple évocation
Ma poitrine fait naître
L'Angoisse de l'être
Mon Dieu quelle pression

Pourquoi ne pas croire
Que je sois écrivain
Et vous désespoir
D'un esprit mort de faim

Je vous vois vous fermez les yeux
Et vous plongez plongez
Dans de sombres abysses : le passé
Tout à coup vous ouvrez les yeux

C'est tout votre corps qui frissonne
Sans que vous sachiez pourquoi
Vous avez peur ! Peur de quoi ?
De vous de votre propre personne

Vous commencez à analyser
Chaque mot jadis prononcé
Peu d'attention leur fut portée
Mais maintenant ils sont remontés

En votre coeur ils se sont implantés
L'effroi vous saisit quand vous repensez
Au sens de ces anodines paroles
Et c'est toute votre confiance qui s'envole

Des images vous reviennent
Vous souhaitez fuir le plus loin possible
Pourtant ces codes qui vous retiennent
Sont à chaque jour passant plus pénibles

À abandonner Alors vous vous habituez
Vous vous habituez à sursauter
Au moindre souffle de vent
À chaque son résonnant

Pas après pas votre cerveau rongé
Par le tourment se liquéfie
Mais vous en souriant continuez
À espérer que votre mémoire s'anesthésie

Soudain vous vous réveillez
Autour de vous les spectres familiers
Ondoient et vous rassurent
Ce ne fut qu'un rêve, un murmure

Quelques secondes s'écoulent
Et votre soulagement s'écroule
Vous avez pris conscience
De votre nature, votre essence

S'ouvrent alors devant vous
D'immenses horizons
Qui n'avaient germé
Que dans le coeur de quelques illuminés

Ceux-là même qui réussirent à s'élever
Bien au-delà de cette grégaire humanité
Ivre de pleurs de joies et de lamentations
Mais de tout cela, qu'en ferez-vous ?
  

Une vendetta

Ce texte est une "suite" à la nouvelle du même titre de Guy de Maupassant (lien : http://athena.unige.ch/athena/maupassant/maupassant_vendetta.html)

Le lendemain, lorsqu'elle s'éveilla au point du jour, Sémillante avait disparu. Comme pour son fils, la vieille ne pleura point. Elle scruta cependant l'horizon du fond de son jardin trois jours durant, puis ne pensa plus à l'animal.
Huit mois plus tard, elle croisa le facteur, qui ne passait à cette époque qu'une fois par quinzaine, en revenant du puits.
- Vous avez entendu, madame Saverini, la bête a encore frappé samedi dernier. Trois fois, près d'Alghero...
- Non, je ne sais de ce dont tu me parles...
- C'est vrai que vous ne lisez pas le journal. Tenez, vous pouvez le garder...
Il lui tendit un des derniers exemplaires de "L'Écho du Maquis", le seul quotidien officiel de l'île.
Une fois rentrée chez elle, elle chaussa ses vieilles bésicles qu'elle conservait précautionneusement dans sa boîte à couture. Elle réussit avec difficulté à déchiffrer l'article qui l'intéressait (elle avait appris à lire, mais il y a si longtemps...) : depuis plus de six mois, un mystérieux animal, probablement un loup vu les différentes traces de morsures, terrorisait le nord de la Sardaigne. Trente-deux victimes recensées depuis un pauvre menuisier de Longosardo, soit plus d'une par semaine.
Le sang de la veuve ne fit qu'un tour. En moins d'un instant, les derniers mois de la vie de Sémillante défilèrent devant ses yeux. Elle devait s'être dissimulée la nuit de sa disparition dans la cale d'un petit chalutier, et ainsi gagner les côtes sardes. Tout le monde sait qu'un animal ayant goûté au sang humain ne sera jamais rassasié que dans la mort. Sémillante était devenue un monstre, et c'était elle, la vieille, qui l'avait créé.
Et c'est les yeux pour la première fois emplis de buée qu'elle implora les cieux en s'écriant :
- Ô vendetta, terrible vendetta, tu me rends aujourd'hui plus amère même que la perte de mon petit !
 

Soirée à Ostrava

 
La nuit tombait. J'avais passé l'après-midi dans les bois d'Ostrava, et le froid engourdissait mes doigts.
J'étais heureux d'arriver enfin à la gare, où je pourrais me réchauffer quelque peu. Pas de chance, le dernier train pour Prague était parti un quart d'heure plus tôt. Allais-je devoir passer la nuit dans ce sinistre endroit ? (J'avais laissé ma carte de crédit à l'hôtel, et j'avais à peine de quoi m'offrir un café...)
Après réflexion, je me résolus à tenter ma chance le pouce levé. J'étais loin d'être un expert dans ce domaine, et, lorsque les dix premiers véhicules me passèrent sous le nez sans même ralentir, je me demandai si ma technique était au point. Heureusement, le onzième fut le bon.
- Alors, collègue, le monde est petit, pas vrai ?
C'était John, un touriste américain, qui occupait une chambre voisine de la mienne, et qui jouait du saxophone entre deux et quatre heures toutes les nuits. Même avec des bouchons de cire dans les oreilles, impossible de dormir...
- Je viens d'assister à un concert dans une boîte de jazz. Ah, Astranova est une ville charmante.
- Ostrava, répliquai-je.
- Ah, oui, Osterbrava... Je ne l'oublierai plus. Vous semblez épuisé, mon cher ami. Dormez-vous bien ?
Je faillis me mordre la langue, mais je ne me sentais pas de taille à affronter cet homme, et parvins à détourner la conversation sur l'industrie de la région.
Une fois rentrés à l'hôtel, nous nous séparâmes amicalement. Je regagnai ma chambre, allai me coucher sans même me brosser les dents, et plongeai en un sommeil profond. Jusqu'à deux heures du matin...
  

L'inconnu de la bibliothèque

 
L'inconnu écrivait. Il était arrivé dès l'ouverture des portes. Personne ne savait qui il était, ni ce qu'il était venu faire dans notre salle de lecture. Il avait apporté un cahier de notes vierge et sa main courait frénétiquement sur le papier depuis près de deux heures.
Il avait attiré l'attention de Françoise et Jacqueline, nos deux stagiaires.
- Il est mignon, non ?
- Je trouve qu'il est trop bien habillé pour être honnête...
Je me souviens que c'est moi qui avais enregistré son inscription : Abel Cahain, rue du Paradis, 7... Encore un original, m'étais-je dit ! Ce qui me surprit plus, c'est qu'il me tendit un billet de deux cents euros pour régler la cotisation annuelle (nos excentriques habituels étant généralement sans le sous).
Je pris ma pause, juste le temps d'avaler un croissant et un café, et quand je revins à mon poste, l'inconnu avait disparu. Personne n'avait pourtant remarqué son départ, chose rare car toute entrée ou sortie est méticuleusement encodée dans notre ordinateur.
À l'endroit même où il était assis, un livre relié de cuir reposait. En lettres d'or, un titre, sans mention de nom d'auteur : "L'Apparition des Anges".
Ce livre, entièrement manuscrit, qui se trouve encore aujourd'hui dans nos collections, n'a jamais été emprunté et aucun d'entre nous n'a osé, ne fut-ce qu'une fois, l'ouvrir...

samedi 1 mai 2010

L'étincelle

 
L'étincelle


Deux regards se croisent
                          et c'est l'étincelle

   Deux corps s'apprivoisent
                     c'est universel


Pourquoi ai-je décidé de la revoir ?
                                      Je ne le sais.
Peut-être était-ce la chaleur de sa peau qui me manquait,
ou
le souvenir du son de sa voix qui faisait trembler mon cœur...


Pourquoi ai-je décidé de la revoir ?
                                      Je ne le sais.
Ce que je sais, c'est que nous sommes à nouveau deux,
et que
l'existence nous semble ainsi moins pénible à traverser...

(publié dans le numéro 312 de la revue "Les élytres du hanneton")

Le Messie

  
Le Messie

Un jour, un homme s'éleva d'entre les hommes.

Tous les regards se portèrent vers la lueur d'espoir qu'il représentait.
Tous voulurent connaître son histoire.
De là-haut, il leur délégua des messagers invisibles, que certains appelèrent anges.
Malheureusement, de par leur invisibilité, personne ne voulut écouter leur voix.

De là-haut, l'homme pleurait et se tourmentait de ne pouvoir aider les hommes du royaume d'en bas.

Puis un jour, la lueur se fit en son esprit et l'apaisa.
Pour sauver les hommes, il devait se sacrifier, retourner en bas et leur montrer la voie du salut.
Il revint et mourut,
ressuscita et retourna vers le ciel.

Encore aujourd'hui, la légende se perpétue...
 

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